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12 ampoules, Arduino, cable, 2010.
Lorsqu’en période d’été, on dépasse les cercles polaires, on peut observer le soleil de minuit. C’est lors d’un voyage en Norvège, face à l’expérience de journées interminables que l’idée de cette installation est apparue. Selon le principe optique de la persistance rétinienne et de l’animation cinématographique, il s’agit ici de recréer un mouvement lumineux composé de plusieurs ampoules. Le phénomène naturel, source de l’inspiration, s’efface lorsqu’un système électronique recrée l’illusion du mouvement. C’est donc en cercle et à toute vitesse que la lumière parcourt les douze ampoules suspendues au plafond du garage de la Villa Cameline en 2010, faisant danser les multiples ombres du bric-à-brac entassé dans ce lieu. La trace de l’ œuvre imprimée sur nos rétines nous met en quelque sorte à l’épreuve d’une expérience photosensible.
LA FONCTION MAGIQUE DE L’OEIL
BÉNÉDICTE LE PIMPEC 2010
“La première image dont il m’a parlé, c’est celle de trois enfants sur une route en Islande en 1965’’. Sans soleil, Chris Marker, 1982.
La première image dont elle m’a parlée, c’est celle du soleil de minuit, enchâssé dans sa memoire après un voyage au pôle. Tel Sandor Krasna, le caméraman de Sans soleil, Emmanuelle Nègre explore le monde à la recherche d’images, afin de retrouver des paysages vus quelque part au fond d’une caisse de diapositives ou sur de vieilles bobines de films. Il ne s’agit pas ici de reconstituer les souvenirs ou phénomènes observés lors de ses voyages, mais plutôt de les convoquer, de se remémorer des fragments. Elle agit comme un destructeur pour mieux recomposer, s’interrogeant sur les procédés du cinéma allant du panorama à la super 8 en passant par le flipbook. Elle accélère ou arrête le défilement des images pour s’en saisir, pour ré-expérimenter manuellement, inventant tel un scientifique amateur fou, de nouveaux procédés perturbant l’équilibre du visible à l’invisible.
Cette fascination pour l’image que transporte Emmanuelle Nègre dans toutes ses pièces, s’effectue le plus souvent par le biais d’une machine. Cette dernière ne procède non pas comme moyen de reproduction mais comme déformation de l’image, remise en cause d’une forme qui devient unique sous le traitement de l’artiste. Répétant inlassablement le même mouvement, la machine folle présentée ici profite de notre persistance rétinienne pour nous administrer ses multiples flashs, nous imprimer ses projections. Vidée à l’extrême de tout ce qui apparaît comme la traduction du visible, l’installation nous renvoie une image saturée, ruinée. Il ne nous reste plus qu’un dispositif, cassant radicalement avec le sublime de son inspiration première, créant une évocation mécanique invraisemblable, rompant par là même avec la notion de décorum, et nous impliquant sans doute trop dans l’expérience pour pouvoir nous faire voir au delà de la mise en scène.